L'Éditeur du mois de juillet

Traversées poétiques avec Patrice Breno...

 

Patrice Breno, figure bien connue de la région de Virton, est à la tête de la poèmothèque : un conservatoire de recueils de poésie et revues littéraires, qui dénombre à l’heure où nous écrivons ces lignes, plus de 3300 documents répertoriés et rangés en rayons.

Patrice Breno est également l’infatigable responsable des éditions « Traversées », qui organisent régulièrement le Marché de la poésie, ainsi que divers événements littéraires.

C’est en 1993 que Patrice Breno a eu le bonheur de célébrer deux naissances : celle de sa troisième fille, Clémence et celle… des éditions Traversées !

TRAVERSÉES : DE LA REVUE AUX RECUEILS

À sa création, Traversées est exclusivement une revue littéraire périodique de 4 numéros par an rassemblant des textes de poésie, mais également des études, des nouvelles et des chroniques.  Dès 2021, trois numéros par an sont prévus. Actuellement le n°102 est en préparation pour la rentrée littéraire de septembre et l’éditeur a déjà de quoi publier jusque fin 2023, suite aux nombreux textes qui lui parviennent chaque jour.

Primées à plusieurs reprises, les éditions Traversées ont acquis au fil des années, une excellente réputation.

Forte de cette confiance gagnée, une vingtaine d’années après sa création, la revue prend un tournant et propose son premier hors-série : c’est le début de l’aventure éditoriale à part entière et qui atteindra un rythme de parution de 3 à 4 recueils par an. Ce nouveau cap, Patrice Breno s’en explique : « Dès la création de la revue, nous avons toujours reçu des propositions de recueils. Avec mon ami, Jacques Cornerotte, décédé récemment et qui travaillait avec moi sur le projet, nous étions un peu frustrés de n’extraire pour la revue que quelques textes d’un ensemble cohérent, parfois excellent : nous avons choisi de nous lancer dans l’édition de recueils à compte d’éditeur pour mettre en valeur un auteur avec qui on collabore, avec qui on aime travailler et dont les textes nous touchent particulièrement. »

C’est ainsi qu’en 2015 parait le premier recueil hors-série : « Auteurs Autours », de Paul Mathieu. Plusieurs recueils suivront. En 2022, après la sortie de « Corps & âme » de Guy Denis et de « Sur les Franges de l’essentiel, suivi d’Écritures » de Claude Luezior, Traversées s’apprête à publier « Chemins d’Errance » de Jamila Abitar. D’autres recueils promis pour 2022 et 2023 sont en préparation avec entre autres : Claude Le Manchec, Christine Hervé, Barbara Auzou, Albert Gatez, Francis Chenot, Blandy Mathieu...

Il est vrai que la revue, par sa périodicité, permet une fidélisation du lectorat : chacun peut y trouver son compte, mais la revue passe et s’efface au fil des numéros. Le recueil, lui, est un objet plus pérenne mais c’est aussi plus risqué : on aime, ou non. Finalement, les deux sont complémentaires et forment un Tout : « Traversées ». 

DE L’EXIGENCE

Pour sélectionner les textes, Patrice Breno est accompagné d’un comité de lecture exigeant, composé de Caroline Callant (qui gère également le site internet), Paul Mathieu, Xavier Bordes, Monique Charles-Pichon, (et feu Jacques Cornerotte). Les recueils publiés doivent être acceptés par le Comité à l’unanimité.

La revue s’entoure aussi de collaborateurs, chroniqueurs réguliers, irréguliers ou inattendus, qui rédigent des articles. « Nous savons que nous sommes une maison d’édition modeste, mais nous avons à cœur d’être un jury très sélectif et le plus objectif possible (NDLR : 1 recueil publié pour 50 manuscrits reçus en moyenne). Même s’il n’est jamais agréable de refuser un texte, nous bénéficions aujourd’hui d’une certaine renommée et nous devons rester à niveau, en présentant aux lecteurs des livres de qualité, alliant audace, continuité et constance ».

LA PASSION, LA RENCONTRE

C’est ainsi qu’aujourd’hui, « Traversées » peut se targuer d’avoir publié plus de 1200 auteurs différents ; un réseau solide de connaissances et d’amitié, comme l’exprime Patrice Breno : « Le plus important pour moi, c’est la relation avec l’humain qui se trouve derrière la création. Pour les recueils, le lien est particulièrement fort en raison des multiples échanges nécessaires pour peaufiner le texte et la présentation. Nous revenons ensemble sur une virgule, un mot, un emplacement, un cadrage… Je suis un perfectionniste et je tiens à minimiser le risque d’erreurs. C’est une question de sérieux vis-à-vis de l’auteur et du lecteur, qui me font confiance. C’est pourquoi, je demeure toujours dans une grande inquiétude, jusqu’au moment où j’ai enfin l’ouvrage terminé en main ! »

Néanmoins, une fois le livre paru chez Traversées, l’auteur doit aussi contribuer à la publicité de son ouvrage. De son côté, Patrice envoie des exemplaires du livre à des chroniqueurs et à la presse, mais n’a malheureusement pas le temps de faire le tour de toutes les librairies. La diffusion-distribution reste une grande difficulté, ce qui n’empêche pas Patrice de se montrer généreux en offrant à l’auteur 30 exemplaires du recueil sorti (et un exemplaire par contributeur, lorsqu’il s’agit d’un numéro de la revue).

C’EST QUOI LA POÉSIE, PATRICE ?

« La poésie, ce n’est pas un genre qu’on enferme. La poésie, c’est la beauté et la laideur à l’état brut. C’est ce qu’on rencontre dans la vie de tous les jours. La poésie, c’est le commencement, le Verbe, l’origine. C’est comprendre le monde dans sa mesure et sa démesure ; et le retranscrire.

Un poète est souvent une personne qui travaille incroyablement dur. C’est comme si, en lui, c’était la nuit noire. Et que, dans cette nuit, il apparaissait quelques étoiles. De ces ténèbres, la lumière va jaillir pour s’exprimer sur le papier. C’est ça, la poésie. C’est transformer ce qui est sombre et derrière soi en quelque chose d’éclairant qu’on met devant soi, au grand jour, avec des mots qui se conjuguent, sonnent et s’associent… car ce que j’aime aussi dans la poésie, c’est la langue : nous avons une langue française incroyablement riche ; cela n’empêche pas de créer d’autres formules (comme l’ont fait l’Oulipo ou le surréalisme), mais la langue, ça, c’est capital. Je suis un amoureux inconditionnel de la langue française.

Le poète se saisit donc de sa plume comme un musicien de son instrument.

Le poète écrit d’abord pour lui-même. Je ne crois pas qu’il faille chercher à interpréter un texte de poésie, à se positionner, à le commenter. Contrairement au romancier, l’auteur de poésie ne demande rien au lecteur, il n’exige pas d’opinion et essaye tout simplement de dévoiler quelque-chose, sans obliger le lecteur à deviner de quoi il s’agit. Parfois, justement, après une lecture puissante, il ne peut subsister que le silence… »

LIRE DE LA POÉSIE

Par sa maison d’édition, Patrice Breno offre à la poésie, ce support intemporel de l’écrit qui permet de lire et relire le texte chez soi, à son rythme. La poésie se lit avec les yeux d’abord, puis se relit dans sa tête ensuite ; lire un recueil demande du temps ; il est nécessaire de laisser le texte faire son chemin en soi et s’arrêter de temps à autre.

Mais pour Patrice Breno, la poésie devrait surtout se diffuser à haute voix (d’où l’importance d’organiser un Marché de la poésie avec des lectures). Selon lui, il est toujours intéressant de proposer à l’auteur de lire son propre texte lui-même. Bien sûr, on ne peut pas exiger des écrivains qu’ils soient tous d’excellents orateurs, mais lorsqu’on écoute le créateur porter son texte à pleine voix, l’auditeur y découvre des clés grâce à l’insistance sur tel mot ou tel vers, à une respiration, à la façon dont l’auteur s’arrête, rebondit ou accélère. En partageant son texte à voix haute, ce serait la construction intime de son texte que l’auteur nous révélerait.

Ouvrez donc grand votre cœur… et vos oreilles.

TRAVERSÉES ET L’AVENIR

Gérer la maison d’édition Traversées est un travail pour passionnés, les contacts et retours positifs sont à foison, mais Patrice Breno s’interroge sur le passage de flambeau : « J’aimerais qu’au-delà de moi, il y ait quelqu’un ou quelque-chose… Que tout cela puisse se poursuivre, même autrement, avec une autre sensibilité. Il y a tant de revues disparues avec l’arrêt de leur porteur de projet ; je pense à « Triangle » (Guy Goffette) ou à « La Dryade » (Georges Bouillon). Je pourrais en citer des dizaines. Ce n’est pas mon souhait pour Traversées. Je voudrais tellement que cela continue après moi… »

Traversées cherche donc un repreneur et/ou des collaborateurs (bénévoles) sérieux… A bon entendeur !

 

PLUS D’INFOS

SITE INTERNET : www.revue-traversees.com
CONTACT EMAIL : traversees@hotmail.com
GSM :  +32 497 44 25 60