Lire et Écrire Luxembourg & La Traversée

Lire et Écrire Luxembourg avec "La Traversée"

 

D’abord, ce chiffre : 10% des citoyens belges sont analphabètes.

L’accès à la lecture permet donc aux quelques 200 apprenants en alphabétisation de Lire et Écrire Luxembourg de devenir des citoyens actifs, conscients et acteurs de l’environnement qui les entoure. Le choix de développer une collection de romans simples et concrets permet, dans le même temps, de favoriser la construction des images mentales et de l’imaginaire.

Nous voulons des romans qui nous parlent!

Tout commence en 2010. Les apprenants en alphabétisation s’exclament : "Nous voulons des romans qui nous parlent!". Eux, qui sont alors contraints d’apprendre à lire au moyen de livres pour enfants, manifestent un besoin : celui de disposer de livres écrits dans une langue simple, mais traitant de thématiques adultes. Comment? Le monde de l’alpha exige à présent des romans susceptibles de plaire aux lecteurs-débutants? C’est un bouleversement, un changement de paradigme, dont on ne mesurait pas encore l’ampleur. En effet, en 2010, l’idée est inédite et ce modèle de projet n’existe nulle part. C’est sous la houlette de Rita Stilmant, directrice de Lire et Écrire Luxembourg, que s’amorce le chemin vers la concrétisation. Quel angle prendre? Pour le Comité, pas question de simplifier les grands classiques, ni de proposer des romans pédagogiques, qui accompagneraient le lecteur-débutant avec des notes lexicales en bas de pages ou des questions pré-rédigées de compréhension à la lecture dirigée. De l’exigence oui, de l’apprentissage certainement, mais le roman doit être compréhensible comme tel. Il doit surtout être un plaisir et tendre vers un idéal : sécuriser et ne pas enfermer. Écrire des romans pour adultes, pour tous les adultes. Un processus participatif original - et sans doute un peu fou - verra le jour.

Ce projet-processus, coordonné et développé par Lire et Écrire Luxembourg donnera vie à une collection coéditée avec Weyrich Édition et portera le nom de La Traversée. Ce terme n’a pas été choisi au hasard. Il s’agit d’un passage, d’une transition. L’objectif premier de la collection est en effet d’être cette passerelle vers une littérature plus complexe, d’amener l’apprenant à se sentir suffisamment en sécurité pour pouvoir sortir de ces livres facilités, pour s’envoler vers d’autres ouvrages.

Une Traversée en toute sécurité...

Au fil des ans, le processus participatif s’est confirmé. Les balises se sont précisées. Lire et Écrire Luxembourg, toujours à la manœuvre, gagne en assurance, en légitimité et en renommée.

Qui de l’auteur? Celui qui s’implique dans le projet doit accepter de confronter son manuscrit aux relectures critiques successives de groupes d’apprenants en alphabétisation. Les écrivains qui se sont lancés dans l’aventure de La Traversée l’ont fait, soit à leur propre initiative, soit à la demande expresse de Lire et Écrire. Les rencontres entre l’auteur et le groupe d’apprenants sont bien souvent empreints d’une grande humanité. Ce sont des moments généreux qui s’expriment dans des instants de confrontation entre le monde des Lettres belges et un public qui parle vrai, qui dit cash et sans détour. Jean-Marc Ceci s’exprime à ce sujet : "En tant qu’écrivain, on écrit souvent un récit sans savoir très bien qui le lira. Ici, j’avais en tête chacun de ceux pour qui j’allais écrire".

Les écrivains disposent pour écrire d’une série de balises, qu’il leur faut aussi savoir oublier. C’est un exercice périlleux et pas toujours confortable. Pourtant, nous explique Nathalie Husquin, "certains auteurs arrivent très confiants, persuadés que ce travail sera léger et qu’il sera facile de rédiger un roman composé de phrases simples. Au fil des rencontres avec les apprenants, les auteurs se rendent compte de la complexité de la démarche. Ce retour à l’essence même de l’écriture est passionnant". Ce n’est pas Xavier Deutsch, auteur de Sans dire un mot et de De l‘eau qui la contredira : [Le travail d’écriture m’a confronté à des difficultés que je n’imaginais pas et qui m’ont passionné. Il a fallu que je plie mon vocabulaire et mes phrases à une sobriété très inhabituelle pour moi, que je m’astreigne à écrire de façon très simple sans verser dans un infantilisme creux. L’équation qu’il fallait résoudre s’est révélée très éclairante. Il fallait retrouver une ligne claire tout en gardant un récit aussi puissant et fin que possible]. Les auteurs qui expérimentent le processus créatif de La Traversée en sortent enrichis et heureux d’avoir accepté les corrections proposées par les groupes.

On peut noter qu’un guide méthodologique est en cours de rédaction : "Bientôt les formateurs disposeront de pistes pédagogiques pour exploiter les romans. Oui, on peut faire de la grammaire grâce à ces romans, mais on peut aussi faire tout autre chose".

Traverser... vers d'autres publics!

La Traversée est donc une collection évolutive qui touche certes le public analphabète et/ou non francophone (qui ne maîtrise pas les savoirs de base de la lecture, en langue maternelle et/ou étrangère) mais aussi, nos seniors : "Lorsqu’on ne sait plus lire de gros livres, mais que l’on a toujours aimé cela, La Traversée apparaît comme une heureuse alternative. D’autant plus que la compétence de lecture est celle que l’on conserve le plus longtemps, même lorsqu’on est touché par la maladie d’Alzheimer", développe Nathalie Husquin. D’autre part, les jeunes en difficultés scolaires, issus de l’enseignement technique, professionnel ou spécialisé, qui se sont détournés de la lecture retrouvent, grâce à ces romans de la collection La Traversée, l’envie de lire.

 

Plus d’info : 

https://lire-et-ecrire.be/latraversee
https://www.weyrich-edition.be

Contact : 

nathalie.husquin@lire-et-ecrire.be